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Audition de Delphine Ernotte

Audition de Madame Delphine Ernotte Présidente de France Télévisions par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation    
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 Madame la Présidente,

La place de l’audiovisuel public est un problème politique et culturel majeur puisqu’il s’agit  à la fois de notre indépendance face à la diffusion de contenus américains ultra puissants et attractifs via les GAFA,  du financement de la création dans toute sa diversité, d’une réponse à la diffusion toujours plus grande des fake news mais aussi de diffusion de la culture et d’éducation à l’image.

 Il s’agit également de notre capacité à créer un imaginaire collectif qui s’adresse à chaque citoyen à l’heure où notre identité est questionnée et où beaucoup de nos citoyens sont confrontés à une perte de sens.

Il y a des endroits où la télévision est la seule chose qui relie au monde.

 Je voulais tout d’abord souligner le défi que vous avez réussi à relever :

Revenir à l’équilibre budgétaire, réduire les dépenses tout en augmentant les investissements dans la création, en dépassant vos obligations,  et alors même que les recettes publicitaires ont baissé.

C’est l’exercice auquel nous sommes tous confrontés aujourd’hui et qui n‘est pas le plus simple.

 Alors ma question est la suivante : Si l’on veut un audiovisuel public fort qui s’adresse au plus grand nombre, participe de la réduction des inégalités, et fabrique les téléspectateurs  de demain,  il est essentiel de se poser la question de son attractivité vis à vis des jeunes adultes . Je voulais donc que vous nous exposiez de manière assez détaillée ce que vous avez d’ores et déjà mis en œuvre et ce que vous comptez mettre en œuvre dans le futur pour renforcer l’attractivité des différentes chaînes vis à vis de cette audiences spécifique qui a pris l’habitude de déserter le service public.

 

Réponse de Madame Delphine Ernotte Présidente de France Télévisions

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Vous avez parlé Madame DUMAS de la question de l’attractivité pour les jeunes. Nous débutons avec le lancement des web séries, d’autres façon de créer des formats, je ne dis pas que nous avons trouvé la panacée mais je crois qu’il faut essayer, réussir ou se tromper, pour développer ces jeunes talents qu’il y a sur internet, quitte à pouvoir les diffuser par la suite sur de nouvelles chaines. Tout cela ne fait que débuter, nous avons d’ailleurs dédié à nos coûts de grille, c’est-à-dire nos coûts de programme à ces nouveaux supports et à ces créations qui sont nativement numériques. Nous avons commencé cette année et cela va se poursuivre avec notre nouvelle plateforme (de VOD) à la rentrée.

 Sur le financement, les autres pays européens ont réformé la redevance, ce qui n’est pas notre cas en France. Notre grande crainte - à l’instar de ce que l’on voit se profiler aux Etats-Unis - est le nombre de téléviseurs qui diminue considérablement. Ainsi, le rendement de la redevance se trouve brutalement diminué, ce qui va être un problème pour l’Etat. Car comme vous le savez, dépendent de la redevance, Radio France, France Médias Monde, Arte, l’INA et France Télévisions, ce qui pourrait être un choc brutal sur l’année pour l’ensemble de l’audiovisuel public.

  Le deuxième sujet, est que l’on voit que le marché de la publicité professionnelle a fait son temps. Autrefois il y avait 3,3 milliards de recettes publicitaires pour 9 chaînes, aujourd’hui il y a 3,3 milliards de recettes publicitaires pour 27 chaînes. L’offre a progressé, les revenus publicitaires stagnent et se détournent vers internet pour enrichir à 80% les grandes plateformes américaines comme Google, Amazon, Facebook, etc. au détriment des marchés locaux au sens large. Il y a donc une vraie question sur comment - dans un avenir proche - nous financerons la création française.

 Je dirai qu’heureusement il y a l’audiovisuel public, car nous pesons pour plus de 50% de la création audiovisuelle, mais également dans le cinéma où nous investissons plus de 60 millions par an dans des films de cinéma, qui sont en grande partie des films d’auteurs. Nous avons par exemple coproduit « 120 battements par minute » qui a remporté le grand prix du jury à Cannes. Ce ne sont pas des films qui seraient coproduits par des plateformes américaines.

 La question qui se pose, est de savoir demain, avec une redevance qui va s’affaiblir, un marché publicitaire dont la tendance est à la baisse, et pas encore de relais sur d’autres façons de commercialiser, de monétiser des contenus, on se dit que si nous n’arrivons pas à trouver cette équation formidable qui nous permet de rebondir, nous allons forcément voir s’affaiblir la création française. Affaiblir la création française revient à affaiblir un patriotisme culturel, qui n’est pas sans incident sur le poids que nous pesons dans le monde et notre capacité à garder une forme d’unité et de cohérence nationale au travers de la culture et de la création. Il y a donc une vraie interrogation.

 Face à cette interrogation il faut agir, notamment avec notre plateforme de VOD. Ça n’est pas facile, aucune n’a encore trouvé aujourd’hui son modèle économique. Nous prenons des risques mais il est important d’essayer d’exister dans ce nouveau monde. Les plateformes ne seront sûrement pas l’alpha et l’Omega mais elles existent déjà. Nous devons être capable d’exister avec des œuvres françaises au milieu de Netflix, Amazon, ou encore Apple qui se lancera prochainement.

 

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